Trois chansons (pour choeur mixte sans accompagnement) / (Chansons a capella)

    1) Nicolette (dedicated to the poet and fellow-Apache Tristan Klingsor)

    2) Trois beaux oiseaux du paradis (dedicated to Paul Painlevé, mathematician and briefly prime minister in 1917 and 1925)

    3) Ronde (dedicated to Mme Paul Clemenceau, sister-in-law of the past and future prime minister Georges Clemenceau)

These songs for unaccompanied chorus were written between December 1914 (Trois beaux oiseaux) and February 1915 (Nicolette and Ronde), while Ravel was waiting to be enlisted in the army. The songs were published in 1916 (see Ravel's letter to Lucien Garban: in Orenstein [1989] letter no.134), but did not receive their first performance until October 1917 with a chorus assembled by Jane Bathori and her husband.

The songs mark a rare foray into choral writing for Ravel, the first since his ill-fated entries for the Prix de Rome (apart from the wordless choruses in Daphnis et Chloé). Part of the special interest of Trois chansons is that Ravel himself wrote the texts for them. The first and last of the poems have an ironic humour, and he clearly revelled in the use of language; the second makes repeated reference to going away to war, as its dedicatee Painlevé had already done, and as Ravel was then preoccupied with doing. [The only other work in which Ravel set his own text to music was Noël des jouets (1905).]

Nicolette

Nicolette, à la vesprée,
S'allait promener au pré,
Cueillir la pâquerette,
La jonquille et le muguet.
Toute sautillante, toute guillerette,
Lorgnant ci, là, de tous les côtés.

Rencontra vieux loup grognant
Tout hérissé, l'oeil brillant:
"Hé là! ma Nicolette,
Viens tu pas chez Mère Grand?"
A perte d'haleine, s'enfuit Nicolette,
Laissant là cornette et socques blancs.

Rencontra page joli,
Chausses bleues et pourpoint gris:
"Hé là! ma Nicolette,
Veux-tu pas d'un doux ami?"
Sage, s'en retourna,
Pauvre Nicolette,
Très lentement le coeur bien marri.

Rencontra seigneur chenu,
Tors, laid, puant et ventru.
"Hé là! ma Nicolette,
Veux-tu pas tous ces écus?"
Vite fut en ces bras,
Bonne Nicolette,
Jamais au pré n'est plus revenue.

Trois beaux oiseaux du Paradis

Trois beaux oiseaux du Paradis,
(Mon ami z'il est à la guerre)
Trois beaux oiseaux du Paradis
Ont passé par ici.

Le premier était plus bleu que ciel,
(Mon ami z'il est à la guerre)
Le second était couleur de neige,
Le troisième rouge vermeil.

"Beaux oiselets du Paradis,
(Mon ami z'il est à la guerre)
Beaux oiselets du Paradis,
Qu'apportez par ici?"

"J'apporte un regard couleur d'azur.
(Ton ami z'il est à la guerre)"
"Et moi, sur beau front couleur de neige,
Un baiser dois mettre, encor plus pur"

"Oiseau vermeil du Paradis,
(Mon ami z'il est à la guerre)
Oiseau vermeil du Paradis,
Que portez-vous ainsi?"

"Un joli coeur tout cramoisi ...
(Ton ami z'il est à la guerre)"
"Ah! je sens mon coeur qui froidit ...
Emportez-le aussi".

Ronde

[Les vieilles]
N'allez pas au bois d'Ormonde,
Jeunes filles, n'allez pas au bois:
Il y a plein de satyres, de centaures, de malins sorciers,
Des farfadets et des incubes,
Des ogres, des lutins,
Des faunes, des follets, des lamies,
Diables, diablots, diablotins,
Des chèvre-pieds, des gnomes, des démons,
Des loups-garous, des elfes, des myrmidons,
Des enchanteurs et des mages,
Des stryges, des sylphes, des moines-bourrus,
Des cyclopes, des djinns, gobelins,
Korrigans, nécromants, kobolds ...

[Les vieux]
N'allez pas au bois d'Ormonde,
Jeunes garçons, n'allez pas au bois:
Il y a plein de faunesses, de bacchantes et de males fées,
Des satyresses, des ogresses et des babaïagas,
Des centauresses et des diablesses,
Goules sortant du sabbat,< br /> Des farfadettes et des démones,
Des larves, des nymphes, des myrmidones,
Hamadryades, dryades, naïades, ménades, thyades,
Follettes, lémures, gnomides,
Succubes, gorgones, gobelines ...
N'allez pas au bois d'Ormonde.

[Filles et garçons]
N'irons plus au bois d'Ormonde,
Hélas! plus jamais n'irons au bois.
Il n'y a plus de satyres, plus de nymphes ni de males fées.
Plus de farfadets, plus d'incubes,
Plus d'ogres, de lutins,
De faunes, de follets, de lamies,
Diables, diablots, diablotins,
De chèvre-pieds, de gnomes, de démons,
De loups-garous, ni d'elfes, de myrmidons,
Plus d'enchanteurs ni de mages, de stryges, de sylphes,
De moines-bourrus, de cyclopes, de djinns,
De diabloteaux, d'éfrits, d'aegypans, de sylvains, gobelins,
Korrigans, nécromans, kobolds ...
N'allez pas au bois d'Ormonde,
Les malavisées vieilles,
Les malavisés vieux
Les ont effarouchés. Ah!

Tristan Klingsor wrote about Ravel's poetry: "Il a donné lui-même le plus pur de son coeur avec les Trois chansons. Je ne parle pas seulement de la musique, du ravissant arrangement des voix, ni du tour mélodique cette fois vraiment proche du populaire; je parle des textes eux-mêmes. Ravel adorait la féerie puérile. Cet agenceur madré de croches et d'instruments avait en lui le plus frais des jardins secrets. Ce mathématicien de l'orchestre conservait des ingénuités de grand enfant. Le folklore ressuscite dans les poèmes de Ravel, avec ses familiarités, ses étrangetés, ses rapprochements singuliers. Comment a-t-on pu parler de sécheresse à son sujet?" (In Colette [1939] p.133).

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